On reçoit souvent en cabinet des patients qui travaillent sur écran depuis des années et qui découvrent, après une IRM, une protrusion discale C5 C6. La douleur irradie dans l’épaule, parfois jusqu’au pouce, et la première réaction est de bloquer le cou dans une posture figée.
C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire. Les recommandations récentes sont claires : le repos strict n’est plus conseillé pour une protrusion cervicale, et la reprise progressive du mouvement reste la meilleure stratégie à moyen terme.
Protrusion discale C5 C6 : pourquoi le disque cervical souffre à cet étage
L’étage C5-C6 est le segment le plus mobile du rachis cervical inférieur. Chaque flexion-extension du cou sollicite ce disque de manière répétée, ce qui explique qu’il soit le premier touché par la discopathie dégénérative.
La protrusion correspond à un bombement du disque sans rupture complète de l’anneau fibreux. Contrairement à la hernie discale, le noyau ne s’échappe pas, mais la saillie peut comprimer la racine nerveuse C6. On observe alors des douleurs dans le cou, l’épaule et le bras, parfois accompagnées de fourmillements dans le pouce ou l’index.
Le pronostic est globalement favorable. La majorité des protrusions C5-C6 évoluent bien sans chirurgie, à condition de suivre une rééducation active et d’éviter les positions prolongées qui aggravent la compression.
Exercices de rééducation C5 C6 : trois mouvements qui comptent vraiment
On lit partout des listes de dix exercices pour les cervicales. En pratique, trois mouvements bien exécutés valent mieux qu’un programme trop chargé qu’on abandonne au bout d’une semaine.
Rétraction cervicale (rentrer le menton)
Assis sur une chaise, dos droit, regard horizontal. On recule le menton comme pour se faire un double menton, sans incliner la tête vers le bas. Maintenir deux à trois secondes, relâcher, répéter une dizaine de fois. Ce mouvement décomprime la racine nerveuse C6 en recentrant les vertèbres cervicales.
C’est le premier exercice à tester. S’il augmente la douleur dans le bras, on arrête et on consulte son kinésithérapeute avant de poursuivre.
Extension cervicale contrôlée (méthode McKenzie)
Toujours en position assise, après avoir fait la rétraction, on incline doucement la tête en arrière en gardant le menton rentré. On cherche un léger mouvement d’extension, pas une bascule complète. L’objectif est de favoriser le recul du matériel discal vers le centre. Si la douleur dans l’épaule ou le bras diminue pendant le mouvement, c’est un signal positif.

Renforcement isométrique des extenseurs
On place les deux mains derrière la tête, puis on pousse la tête vers l’arrière contre la résistance des mains, sans mouvement visible. Tenir cinq à six secondes, relâcher, répéter six à huit fois. Ce travail isométrique stabilise le segment C5-C6 sans provoquer de mouvement articulaire, ce qui le rend bien toléré même en phase douloureuse.
Les retours varient sur la fréquence idéale : certains patients progressent mieux avec deux séances courtes par jour, d’autres préfèrent une seule séance plus longue. L’indicateur fiable reste la réponse de la douleur dans le bras, pas uniquement la sensation locale dans le cou.
Postures à corriger au quotidien pour protéger le disque C5 C6
La rééducation ne se limite pas aux exercices. La posture au travail et pendant le sommeil détermine la charge que subit le disque tout au long de la journée.
- Position assise devant un écran : le haut de l’écran doit se situer à hauteur des yeux. Un écran trop bas force la flexion cervicale et augmente la pression sur le disque C5-C6. Un rehausseur d’écran ou un bras articulé corrige le problème en quelques minutes.
- Téléphone portable : la flexion cervicale extrême (tête penchée vers l’avant) multiplie la charge sur les vertèbres cervicales. On ramène l’écran du téléphone au niveau du regard, coudes fléchis.
- Position de sommeil : dormir sur le dos ou sur le côté avec un oreiller qui comble le creux du cou sans surélever la tête. Un oreiller trop épais place le rachis cervical en flexion forcée pendant des heures.
- Conduite automobile : reculer l’appui-tête pour qu’il touche l’arrière du crâne. Si on conduit longtemps, une pause toutes les heures avec quelques rétractions cervicales suffit à relâcher la pression discale.
Traitements passifs et protrusion cervicale : ce qui a vraiment un effet
La kinésithérapie manuelle (mobilisations douces, tractions cervicales légères) peut soulager les douleurs en phase aiguë. En revanche, l’électrothérapie, l’ultrason et le laser basse intensité n’ont pas montré de bénéfice supérieur aux interventions actives selon les synthèses de recommandations récentes.
Cela ne signifie pas que ces techniques sont inutiles dans tous les cas, mais elles ne remplacent pas la rééducation active. Un traitement qui repose uniquement sur des séances passives en cabinet, sans exercices à domicile, a peu de chances de produire des résultats durables.
La traction cervicale manuelle ou mécanique reste discutée. Elle peut apporter un soulagement temporaire en décomprimant la racine nerveuse, mais son effet à long terme sur la protrusion discale C5 C6 n’est pas démontré de façon solide. On l’utilise plutôt comme un outil ponctuel pour calmer une crise, pas comme un pilier du programme.

Quand la rééducation ne suffit pas : signaux d’alerte à connaître
La plupart des protrusions cervicales C5-C6 répondent bien à la rééducation. Quelques situations imposent un avis médical rapide :
- Perte de force progressive dans le bras ou la main (difficulté à serrer, à tenir un objet)
- Symptômes bilatéraux (douleur ou fourmillements dans les deux bras)
- Troubles de l’équilibre ou de la marche, qui peuvent indiquer une compression médullaire
- Douleur qui s’aggrave malgré plusieurs semaines de rééducation bien conduite
Dans ces cas, une consultation spécialisée (neurologue ou chirurgien du rachis) permet de réévaluer la stratégie. La chirurgie reste réservée aux formes réfractaires ou aux compressions neurologiques documentées.
Le point à retenir pour une protrusion discale C5 C6 : rester actif dans les limites de la douleur et privilégier les exercices ciblés donne de meilleurs résultats que l’immobilisation ou l’accumulation de soins passifs. La régularité du programme, même minimal, compte plus que sa complexité.

