Voir Lucie, 75 printemps au compteur, lancer un défi à ses petits-enfants… sans quitter son fauteuil, voilà qui interroge. Un effet secondaire du temps ? Plutôt le résultat d’une tendance qui bouscule les certitudes : les exercices passifs, censés renforcer les jambes sans lever le petit doigt, s’invitent dans la routine des seniors. Faut-il y voir une révolution ou un simple miroir aux alouettes pour muscles fatigués ?
Pourquoi les jambes perdent-elles de la force avec l’âge ?
Vers la cinquantaine, le corps amorce un virage discret mais déterminant : les muscles déclinent, centimètre après centimètre. Chez les personnes âgées, la sarcopénie s’installe, effaçant peu à peu la vigueur et le volume des muscles des jambes. Les causes ne manquent pas : bouleversements hormonaux, sédentarité qui s’impose, maladies chroniques qui freinent l’envie de bouger. À cela s’ajoute la raréfaction des fibres de type II, ces alliées précieuses de la vivacité, et l’équilibre finit par vaciller.
Ce n’est pas qu’une question de performance physique : perdre de la force, c’est voir l’autonomie s’effriter. Monter un trottoir, se relever du canapé, traverser la rue : autant d’actions banales qui deviennent des épreuves. Le risque de chute s’envole, et avec lui, la menace d’une perte d’indépendance devient bien réelle.
Quelques chiffres illustrent l’ampleur du phénomène :
- Environ 20 % des plus de 70 ans sont concernés par la sarcopénie.
- Entre 50 et 80 ans, la masse musculaire peut diminuer d’un tiers.
À cette faiblesse musculaire s’ajoutent souvent douleurs articulaires et fragilité osseuse, un cocktail qui fragilise les jambes davantage. Préserver la force et la santé des muscles n’a rien d’anecdotique : c’est la condition pour rester debout, autonome, et éviter l’engrenage chutes-immobilité qui guette tant de seniors.
Exercices actifs : des solutions accessibles pour préserver mobilité et autonomie
L’activité physique régulière reste la meilleure alliée d’une mobilité préservée chez les seniors. Sans viser la performance, maintenir la force musculaire repousse la perte de puissance et protège l’autonomie au quotidien. Ce qui fait la différence ? Les exercices physiques pour les jambes sont généralement simples, adaptables et ne nécessitent pas d’équipement particulier, même pour ceux qui se sentent fragiles.
Voici quelques exemples d’exercices efficaces à intégrer dans une routine :
- Le gainage (planche ou planche latérale), pour solliciter les muscles profonds et améliorer l’équilibre.
- L’élévation de jambe (assis sur une chaise, lever puis reposer chaque jambe), pour renforcer quadriceps et fléchisseurs de hanche.
- Le pont fessier (allongé sur le dos, pieds au sol, hanches levées), qui travaille l’arrière des jambes et les hanches.
La clé, c’est la constance. Deux à trois séances par semaine suffisent, même après 75 ans, pour constater des progrès. Les pratiques douces comme le yoga, le pilates ou la natation apportent aussi une solution pour préserver la forme et ménager les articulations.
Pour varier et maximiser les bénéfices, combinez renforcement musculaire et exercices d’équilibre : marcher en file indienne, se dresser brièvement sur la pointe des pieds… Ces petits défis, cumulés, solidifient les os et limitent les chutes. Miser sur la diversité, ajuster les exercices à ses possibilités et les ancrer dans la vie de tous les jours, voilà ce qui permet de rester mobile et sûr de soi.
Exercices passifs : quels bénéfices réels pour les personnes âgées ?
Les exercices passifs séduisent par leur simplicité : stimuler les muscles sans effort, la promesse fait rêver. En kinésithérapie, ils complètent la prise en charge des seniors confrontés à des douleurs ou des limitations. Le choix est vaste :
- Des massages pour relancer la circulation sanguine et soulager la sensation de jambes lourdes ;
- Des étirements passifs pratiqués par un professionnel pour préserver l’amplitude articulaire ;
- L’électrostimulation (Bluetens, Compex…) qui déclenche des contractions musculaires sans intervention volontaire.
Des études révèlent des résultats intéressants : le tonus s’améliore légèrement, les douleurs se font plus discrètes, surtout en cas d’arthrose ou de tendinites. L’électrostimulation, par exemple, peut renforcer un peu la force musculaire chez les personnes très sédentaires ou alitées. Pourtant, face à l’activité physique volontaire, les exercices passifs restent en retrait : leur impact sur le renforcement musculaire s’avère limité. Massages et étirements soulagent temporairement les douleurs articulaires ou les lombalgies, mais n’entraînent pas de transformation durable de la force.
En cas de douleur persistante ou de maladie chronique comme la sciatique ou la polyarthrite, arrêtez sans attendre et consultez un professionnel. Généralement, c’est la combinaison entre exercices actifs et passifs qui donne les meilleurs résultats : préserver la mobilité, réduire le risque de chute, c’est souvent une affaire de complémentarité.
Adapter sa routine selon ses capacités et ses besoins
Le secret : bâtir un programme de renforcement musculaire ajusté à ses propres limites et objectifs. Un kinésithérapeute peut offrir un accompagnement sur-mesure, particulièrement en cas de troubles musculosquelettiques ou de pathologies chroniques. Pour le Dr Julien Hyardet, spécialiste en médecine physique et de réadaptation, l’écoute de soi, la progressivité et l’adaptation personnalisée sont les véritables repères.
Selon son niveau et son état de forme, les recommandations diffèrent :
- Les seniors en bonne condition peuvent s’attaquer à des mouvements fonctionnels : se lever d’une chaise sans les mains, monter une marche, tenir en équilibre sur un pied, réaliser des petits squats adaptés.
- Ceux qui se sentent plus fragiles privilégieront les mouvements assistés, les exercices en position assise ou allongée et les étirements doux.
La progression ne dépend pas de l’intensité, mais de la régularité. Quelques minutes trois à cinq fois par semaine suffisent pour entretenir force et souplesse. Varier les exercices actifs et passifs, c’est stimuler les muscles, faciliter la récupération et ajuster la difficulté selon la forme du jour. Pour avancer sans faux pas, écouter son corps et moduler sa routine, c’est la meilleure façon de préserver sa force sans se blesser.
Imaginer des jambes qui tiennent bon, un pas décidé, et la liberté de lancer un défi aux petits-enfants, fauteuil ou pas, voilà une perspective qui mérite qu’on s’accroche à ses habitudes, actives ou passives.


